Au niveau économique
La
publicité, par ses caractéristiques et ses fonctions, cible une
population au niveau économique : les effets d’une action publicitaire
sur les marchés d’une entreprise ou encore au niveau social qui
s’observe dans la réaction des consommateurs face à la
publicité.
Ce
débat est ancien, il ne progresse guère, il est souvent caricatural,
presque toujours partisan. La controverse sur les effets de la publicité sur
l’économie reste toujours d’actualité et elle repart
toutes les fois qu’il est question de réglementer la publicité.
La réglementation de la publicité au niveau d’un produit,
d’un secteur ou du pays suppose que l’on connaisse préalablement
les effets de la publicité, tout au moins ceux que l’on souhaite
modifier. Or c’est rarement le cas et on prend souvent ces décisions
importantes un peu à « l’aveuglette ». Quand le gouvernement
britannique obligea en 1967, les deux principaux lessiviers à commercialiser
un savon et deux détergents sans pub ni promotion et à des prix
de gros, inférieurs a 20% environ aux marques ordinaires, on pouvait
supposer qu’une telle décision reposerait sur une appréciation
rigoureuse de l’effet de la publicité sur la concurrence, la concentration
et les prix. Il n’en était rien.
Quand en France ils ont interdit à la
distribution de faire de la publicité à la télé,
ce fut une décision politique pour protéger les intérêts
de la presse locale et des petits commerçants. Mais cette réglementation
fut justifiée par une argumentation économique : la pub renforçant
le poids des grandes entreprises, serait facteur de concentration, contribuerait
donc à l’élimination rapide des petits et finalement à moins
de concurrence ce qui à terme contre les intérêts des consommateurs.
Or tous ces effets sont loin d’avoir été démontrés
et l’on pourrait tout aussi bien soutenir que la possibilité donnée à la
distribution de faire de la publicité à la télé relancerait
la concurrence entre les grandes chaînes. Elle pourrait être bénéfique
aux consommateurs sans qu’il y ait obligatoirement un accroissement de
la dépense publicitaire globale des distributeurs et sans que cela n’accélère
la disparition des distributeurs traditionnels.
En effet, tout le monde a donc intérêt à mieux connaître
les effets économiques de la publicité, les gouvernements pour
conduire en la matière une politique raisonnable, les entreprises pour
défendre efficacement leurs véritables intérêts,
les défenseurs des consommateurs pour soutenir des revendications réalistes.
C’est pour cela qu’on pourrait se demander pourquoi on connaît
si mal le véritable impact de la pub sur la concurrence, les prix et
le développement économique. C’est tout d’abord parce
qu’il s’agit d’un problème technique compliqué et
d’autre part parce qu’on n’a pas consacré à cette
recherche suffisamment d’effets par rapport à la mesure des difficultés
rencontrées, en effet les économistes se sont largement désintéressés
des problèmes publicitaires. Les recherches établies sont surtout
aux U.S.A, un peu en Grande Bretagne et pratiquement pas en France ou en Belgique.
Elles sont pour la plupart partielles, parfois partiales. Les uns dénoncent
les effets pervers de la publicité en mettant en avant des cas très
particuliers. Les autres rétorquent en démontrant qu’on
a rien démontré et que de toute façon on ne peut rien
généraliser dans ce domaine.
Aussi, la publicité est nécessaire selon la structure concurrentielle
du secteur économique de l’entreprise c’est pour cela que
la notion de concurrence est indissociable de celle de publicité.
En effet, la dépense publicitaire d’un secteur s’analyse
d’abord par sa structure concurrentielle. Pour certaines entreprises,
la publicité joue un rôle essentiel, pour d’autres elle
n’est rien : ce n’est pas forcément parce que les entreprises
sont modernes ou rétrogrades, publiphiles ou publiphobes ; il y a souvent
des raisons plus profondes qui sont plus compréhensibles si on étudie
la nature économique des secteurs auxquels appartiennent ces entreprises.