La pub peut tuer une marque
1991
avait marqué un tournant dans la communication Benetton avec la campagne
où le sigle HIV « marquait » littéralement les malades.
«
HIV positive » marqua le divorce définitif avec le public.
Celui-ci ne comprit pas le message. Voire parfois, l’interpréta à l’envers.
Et une polémique de masse sans précédent s’engagea
dans toute l’Europe. Journaux, intellectuels, associations d’aide
aux sidéens, émissions de télé, hommes politiques
se déchaînèrent, prenant position pour ou contre ce qui
apparaissait pour certains, comme « une nouvelle affaire Dreyfus ».
On se souvient des trois affiches qui déclenchèrent la polémique : le sigle « HIV Positive » s’affichait en différents endroits du corps humain, à la fois fortement chargés de symbolique (bas-ventre, au-dessus du pli du coude, sur une fesse) et correspondant aux possibles voies de contamination. Il rappelait les tampons de services vétérinaires apposés sur la viande apte à être commercialisée, mais aussi les tatouages des camps de concentration.
Dans son livre, Oliviero Toscani raconte comment lui est venue l’idée
de cette photo :
«
J’étais dans un motel en Californie, en route vers Los Angeles.
En regardant la télé locale, je tombe sur un reportage dans une école.
Un jeune élève, écoeuré que rient ne soit fait
pour lutter contre le sida, s’est tatoué « HIV Positive » sur
le bras. Il se présente à son école, nu avec son dessin.
Aussitôt, les surveillants l’arrêtent, cachant, eux, les
Américains puritains, non pas sa nudité, mais la chair tatouée
! Cette histoire me bouleverse. Je trouve cet étudiant courageux, imaginant
un vrai acte de défi à notre aveuglement, notre politique de
l’autruche, notre peur panique de la maladie. J’ai conçu
la photo dans ma tête à ce moment-là. Avec elle, je voulais
que Benetton conserve sa capacité d’intervention en s’engageant
contre l’exclusion des sidéens, avec la même force dont
nous nous étions engagés contre le racisme. »
Toscani a fait naître la réputation de Benetton, mais il l'a également
presque tué... Le fait d'aller trop loin peut donc enterrer une marque.