Un homme sniffe un rail de sirop, quel rapport ?
Le
destin de la publicité est-il d’aller toujours plus loin ? Le « bruit » médiatique
devient tellement fort que les messages publicitaires sont moins bien entendus.
Les « tunnels » de spots que traversent les téléspectateurs,
notamment en première partie de soirée, nuisent à une
bonne réception des messages. Certains annonceurs préfèrent
parrainer une émission pour apparaître en dehors des écrans
publicitaires : la mémorisation d’un spot pâtit d’être
diffusé au milieu d’une série trop longue de messages,
il doit frapper pour rester en mémoire, après avoir attiré l’attention.
Alors des publicitaires sont tentés par l’agressivité.
Les agences deviennent des « war rooms » qui lancent des
attaques contre le public. Au média-planeur qui demande un message qui se fasse
entendre dans e tohu-bohu médiatique, s’allie le planeur stratégique
qui préconise une création qui décoiffe.
Voici un reportage sur les limites de la publicité diffusé à "On
ne peut pas plaire à tout
le monde"
sur France 3. (durée : 5 minutes)
Mais pourquoi la publicité va t-elle au délà des limites ? Les raisons stratégiques
avancées
sont nombreuses. Il y a d’abord
la cible : si la cible à satisfaire est constituée d’adolescents,
ces derniers peuvent être attirés par un discours
transgressif, ne serait-ce que dans la forme. Il y a eu ainsi, pendant la « bulle » Internet,
des films qui se voulaient agressivement anti-conventionnels (avec pets dans
le bain, gros mots, scènes de sexe, etc.) en faveur de sites web ciblés « ados ».
Pour plaire à la cible des jeunes, tout est bon, jusqu’à la
référence à la drogue : ainsi le sirop Teisseire, pour
atteindre les 18-35 ans, nous offre, annonce fièrement l’agence
Jean & Montmarin, « un visuel impertinent » : une affiche 4
sur 3 où un homme « sniffe un rail » de sirop !
Comment expliquer cette situation aux tout jeunes enfants qui vont la voir
? Cette
volonté stratégique de rajeunir la cible laisse perplexe, alors
que la société vieillit : la ménagère de moins
de cinquante ans va finir à l’hospice, et on oublie que les plus âgés
sont de plus en plus nombreux dans le public du média. Vouloir emprunter
le langage des ados fait vite tomber dans la vulgarité. Est-ce bon pour
une grande marque ? Quand Yoplait fait roter un jeune qui a bu un yaourt, c’est
peut-être dans la cible, mais tout le public le voit.
Une autre raison avancée pour transgresser les tabous peut découler
de la stratégie décidée. La marque à défendre
doit, par exemple, se voir insuffler des valeurs qui l’installent à l’avant-garde
des combats de la société. Les créatifs adorent jouer
les éclaireurs de la culture et de la société.
La publicité, à ce
titre, n’est pas seulement le reflet de l’évolution de la
société, elle devrait la précéder :
le féminisme
est le combat de certaines marques de luxe, qui, en anticipant sur le mouvement
social, se mettent du côté des femmes qui sont leurs clientes.
Pour les libérer des tabous que leur a imposés pendant des siècles
le machisme des sociétés traditionnelles, il faut se placer à leur
côté, et mettre en cause ces contraintes d’un autre âge.
Ainsi la libération sexuelle de la femme justifierait de la placer,
dans des visuels de parfuns ou d’accessoires de haute couture, comme
Dior, Versace, Ungaro ou Gucci, dans des situations d’homosexualité,
de masturbation suggérée, ou de soumission des hommes : tout
est permis, les conventions volent en éclat, et la « hot couture » fait,
depuis ces dernières années, la promotion du « porno-chic » pour
mener jusqu’au bout le combat libérateur des femmes.